Histoire du théâtre de La Huchette

Dans la France de l’après guerre, où les idées nouvelles se répandent plus vite et plus profondément qu’on ne le croit d’abord, marquées par l’ambiguïté politique et les incertitudes du moment, le spectateur va vite exiger de retrouver sur la scène l’écho de ces changements. Qu’ils soient d’ordre politique ou esthétique.

Ce sont les petites salles de théâtre qui prolifèrent alors dans Paris, notamment au Quartier Latin, qui apporteront une réponse à cette attente : le Vieux Colombier, les Noctambules, le Quartier Latin, le théâtre Babylone, etc. Une dizaine de salles au total. Dont une qui s’ouvre précisément à cette époque : le Théâtre de La Huchette.

C’est Georges Vitaly qui est à l’origine de sa création. Vitaly, qui vient de remporter le Grand Prix au concours des Jeunes Compagnies 1947 avec Le Mal Court de Jacques Audiberti, est alors à la recherche d’un lieu où poursuivre ses recherche : « Je cherchais un petit théâtre pour y monter ses pièces de textes, des pièces sortant du courant habituel et du théâtre dit commercial », dit-il aujourd’hui. Comme celle qu’il a présentée l’année précédente aux Noctambules : Les Epiphanies de Henri Pichette, avec Gérard Philippe et Maria Casarès.

C’est alors qu’il retrouve un ancien camarade de cours d’art dramatique, Marcel Pinard, propriétaire d’un local situé 23, rue de La Huchette, dont le seul titre de gloire est d’avoir abrité naguère un restaurant arménien Le Caucase, tenu par les parents du chanteur Charles Aznavour. Plus quelques épisodes non avérés tels que l’enfouissement d’un trésor dans les caves, en 1789, par les moins de Saint Séverin, ou bien, un peu plus tard, la présence d’un mage prêchant une religion nouvelle fondée sur la nécromancie ésotérique…

Pinard et Vitaly se mettent vite d’accord : le premier concédant à l’autre la location de la salle contre un franc symbolique, à charge pour Vitaly de mettre le théâtre en ordre de marche. Autrement dit obtenir la licence d’exploitation, financer l’installation technique – projecteurs, fauteuils, chauffage – mettre en route une véritable politique artistique, trouver des auteurs, engager des comédiens…

Commence alors une belle aventure qui va durer cinq ans, de 1948 à 1952, et qui verra la création de quelques textes essentiels du théâtre de la seconde moitié du XXe siècle : La Fête Noire et Pucelle de Jacques Audiberti, La Quadrature du Cercle de Valentin Kataiev, M. Bob’le de Georges Schéhadé, Edmée de P.-A. Bréal, La Belle Rombière de Guillaume Hanoteau… Dans lesquels s’illustrent des comédiens devenus célèbres depuis : Jacqueline Maillan, Claude Gensac, Monique Delaroche, Pierre Mondy, François Chaumette, Jacques Fabbri, Michel Roux…

Puis Georges Vitaly s’envole vers le théâtre de La Bruyère, où il fera résonner haut et fort la gloire d’Audiberti.

Sous la direction de Marcel Pinard, La Huchette s’engage résolument dans un répertoire de création contemporaine. Où, déjà, Ionesco figure en bonne place : Sept Petits Sketches en 1953 ; Le Tableau et Jacques ou la Soumission en 1955 avec Jean-Louis Trintignant, Tsilla Chelton et Reine Courtois…

Jusqu’à cette date désormais historique du 16 février 1957, qui voit la reprise de La Cantatrice Chauve et de La Leçon. Dans les années soixante, les acteurs du théâtre de La Huchette se sont constitués en coopérative, « Les Comédiens Associés », de manière à gérer un succès qui s’annonçait durable. En 1980, vingt-deux d’entre eux fondaient la SARL « Théâtre de La Huchette » de manière pouvoir reprendre la gérance de la salle et en assurer la direction.

« En agissant de la sorte, souligne l’ancien directeur Jacques Legré, nous avons voulu sauver un lieu de son exiguïté même, dans le contexte actuel, condamnait à l’étouffement ; sauver un spectacle qui était devenu une institution et, aussi, donner à La Huchette les moyens de redevenir ce qu’elle était : un lieu de création ». C’est ainsi que depuis 1981, un spectacle de création est présenté tous les soirs à 21h à l’issue des deux pièces de Ionesco.

Deux pièces qui sont encore aujourd’hui à l’affiche du théâtre, un demi-siècle plus tard… et qui font toujours salle comble. Il s’agit là d’un phénomène de longévité unique dans l’histoire mondiale du théâtre, officialisé par une inscription au Livre Guiness des Records.